Qu’est-ce que la sécurité intérieure et comment la cultiver?
On cherche naturellement à se sentir en sécurité. On aime savoir ce qui nous attend, sentir que les choses sont sous contrôle, être rassuré sur nos décisions et avoir une certaine stabilité autour de nous.
Une partie de cette sécurité dépend réellement de notre environnement. Avoir un toit, être entouré de personnes respectueuses, disposer de ressources suffisantes ou se trouver dans un endroit où notre intégrité n’est pas menacée sont de véritables formes de sécurité. Mais il existe aussi une autre forme de sécurité, beaucoup plus intérieure.
Celle qui fait qu’on peut traverser une période d’incertitude sans avoir besoin d’en connaître immédiatement l’issue. Qu’on peut entendre l’opinion des autres sans perdre complètement confiance dans ce que l’on ressent. Qu’on peut vivre une émotion difficile, faire une erreur, changer de direction ou se retrouver devant quelque chose de nouveau tout en conservant une certaine assise en soi.
C’est ce que j’appelle la sécurité intérieure.
Être en sécurité et se sentir solide intérieurement sont deux choses différentes
Il est important de distinguer la sécurité réelle de la sécurité intérieure.
Si une situation représente véritablement un danger, notre système de protection a une fonction essentielle. La sécurité intérieure ne consiste évidemment pas à se convaincre que tout va bien lorsque ce n’est pas le cas.
Elle concerne plutôt la fondation à partir de laquelle nous traversons ce qui nous arrive.
On peut être objectivement en sécurité et pourtant ressentir énormément d’insécurité devant le jugement des autres, l’incertitude, une décision importante ou quelque chose qu’on ne peut pas contrôler. À l’inverse, on peut traverser une période exigeante tout en sentant profondément qu’on possède les ressources nécessaires pour y faire face.
Cette différence me semble fondamentale, parce qu’elle déplace progressivement la question de « Est-ce que tout autour de moi est suffisamment certain pour que je puisse me sentir bien? » vers « Est-ce que je peux développer suffisamment de confiance en moi pour traverser ce que je ne peux pas prévoir? »
J’aime imaginer la sécurité intérieure comme les racines d’un arbre
Un arbre profondément enraciné n’est pas un arbre qui ne bouge jamais.
Ses branches bougent avec le vent. Son tronc peut fléchir. Il traverse les changements de température, les saisons et des conditions qui ne sont jamais parfaitement constantes. Ce qui lui permet de rester debout n’est pas l’absence de mouvement autour de lui, mais la profondeur de ses racines. C’est ainsi que je vois la sécurité intérieure.
À mesure que nos racines deviennent plus solides, notre rapport à ce qui nous entoure change. Là où une situation nouvelle pouvait auparavant provoquer de la peur, elle peut simplement amener un peu de nervosité ou d’excitation. Là où l’incertitude déclenchait le doute et le besoin de savoir ce qui allait arriver, elle peut devenir un espace dans lequel plusieurs possibilités existent.
Cela ne veut pas dire que nous devenons détachés ou que nous ressentons moins. Au contraire, la tristesse, la colère, la joie, la déception, l’enthousiasme ou la vulnérabilité peuvent être pleinement présents. La différence est qu’ils ne viennent pas nécessairement remettre en question notre fondation.
La sécurité intérieure nous permet d’être profondément enracinés tout en restant ouverts au mouvement de la vie. On peut accueillir ce qui change, ce que l’on ne connaît pas encore et ce que l’on ressent sans perdre notre assise.
Pourquoi cherchons-nous autant la sécurité à l’extérieur?
Lorsque notre sentiment de sécurité dépend beaucoup de ce qui se passe autour de nous, il devient tentant d’essayer de réduire au maximum l’incertitude.
On peut vouloir connaître toutes les conséquences d’une décision avant de la prendre, réfléchir encore et encore pour être certain de ne pas se tromper, chercher l’approbation des autres ou tenter d’anticiper tout ce qui pourrait arriver. Le problème est qu’une grande partie de la vie demeure imprévisible.
Nous pouvons préparer, réfléchir, planifier et agir sur énormément de choses, mais nous ne pouvons pas savoir exactement comment une relation évoluera, comment les autres réagiront, si une occasion fonctionnera ou encore où un choix nous mènera dans trois ans.
Chercher notre sécurité uniquement dans la certitude nous place donc devant une mission impossible : obtenir de la vie quelque chose qu’elle ne pourra jamais complètement nous donner.
Cultiver une sécurité intérieure change progressivement notre rapport à cette incertitude. Il ne s’agit plus nécessairement de savoir ce qui va arriver, mais de développer la confiance que nous saurons nous ajuster lorsque nous y serons.
De quoi sont faites nos racines?
La sécurité intérieure ne repose pas sur une seule capacité. Je la vois plutôt comme une fondation qui se construit à travers plusieurs expériences et plusieurs façons d’être en relation avec soi.
Elle se développe lorsque j’apprends à reconnaître ce que je ressens plutôt que de systématiquement l’ignorer. Lorsque je respecte une limite que je sentais depuis longtemps. Lorsque je prends une décision en tenant compte de ce qui est important pour moi plutôt qu’uniquement de ce qu’on attend de moi.
Elle se construit aussi lorsque je découvre que je peux ressentir une émotion difficile sans qu’elle m’emporte complètement, que je peux demander de l’aide lorsque j’en ai besoin ou que je peux changer d’idée sans considérer que je me suis trompé sur toute la ligne.
Petit à petit, ces expériences créent quelque chose de très précieux : la confiance que je peux rester de mon côté même lorsque les choses deviennent inconfortables.
Et plus cette confiance existe, moins notre stabilité doit dépendre entièrement de la réaction des autres ou de notre capacité à contrôler la suite.
Nos émotions ne sont pas le contraire de la sécurité
On peut facilement associer le fait de se sentir solide intérieurement au calme. Pourtant, être en sécurité avec soi ne signifie pas être calme en permanence.
Une émotion est une information et une expérience à traverser. La peur peut attirer notre attention sur un risque ou sur quelque chose d’inconnu. La colère peut apparaître lorsqu’une limite importante pour nous a été franchie. La tristesse peut accompagner une perte ou quelque chose auquel nous accordions beaucoup de valeur.
Cultiver sa sécurité intérieure consiste aussi à développer suffisamment d’espace pour écouter ce qui se passe sans que chaque émotion devienne automatiquement une instruction.
Avec une sécurité intérieure plus solide, notre rapport à nos émotions et à l’incertitude se transforme. Une situation nouvelle peut encore créer de la nervosité ou de l’inquiétude, mais elle n’est plus automatiquement interprétée à travers la peur. Une décision peut comporter de l’inconnu sans nous enfermer dans le doute. On peut reconnaître ce que l’on ressent, accueillir l’information que cela nous apporte et continuer d’avancer avec confiance
Avec le temps, on apprend que ressentir intensément ne signifie pas nécessairement perdre pied.
Se faire confiance ne signifie pas toujours avoir raison
Il y a une autre distinction que je trouve importante.
Faire confiance à soi ne veut pas dire croire que chacune de nos décisions sera la bonne. Ce serait simplement une autre façon de chercher la certitude. La confiance peut plutôt ressembler à ceci : je peux faire un choix avec ce que je sais aujourd’hui, observer ce qu’il produit et m’ajuster ensuite.
Je peux découvrir que quelque chose ne me convient finalement pas. Je peux changer d’idée. Je peux reconnaître une erreur. Je peux demander conseil. Je peux apprendre quelque chose sur moi que je ne savais pas auparavant.
La sécurité vient alors moins de la conviction que je ne me tromperai jamais que de la confiance dans ma capacité à me retrouver lorsque les choses ne se déroulent pas exactement comme prévu.
Comment cultiver sa sécurité intérieure?
Je ne crois pas qu’on construise cette fondation uniquement en se répétant qu’on devrait avoir davantage confiance en soi. Elle se développe surtout dans la relation que l’on entretient avec soi au quotidien.
On peut commencer par observer les moments où l’on abandonne très rapidement ce que l’on ressent dès qu’une autre personne pense différemment. Remarquer les situations où l’on cherche immédiatement à être rassuré. Voir quand on essaie de tout prévoir parce que l’incertitude devient inconfortable. Il ne s’agit pas de supprimer ces réflexes, mais d’abord de les rendre visibles.
On peut ensuite commencer à créer de nouvelles expériences : écouter ce que l’on ressent avant de demander l’avis de quelqu’un, respecter une petite limite, tolérer de ne pas avoir immédiatement une réponse, faire un choix et observer ce qui se passe, ou simplement rester quelques instants avec une émotion plutôt que de chercher tout de suite à la faire disparaître.
Chaque fois que nous nous écoutons, que nous nous respectons et que nous découvrons que nous sommes capables de traverser quelque chose que nous pensions devoir éviter, nos racines peuvent devenir un peu plus profondes.
La sécurité intérieure n’est pas une destination
Je ne pense pas qu’on atteigne un jour un niveau de sécurité intérieure où plus rien ne nous atteint. Et je ne suis pas certaine que ce serait souhaitable.
Être touché par la vie fait aussi partie du fait d’être humain. Certaines expériences nous remettent en question, certaines décisions nous demandent du courage et certaines périodes viennent réellement ébranler ce que nous pensions solide.
L’objectif n’est donc pas de devenir imperméable. Il est de développer une fondation suffisamment solide pour pouvoir rester souple.
Comme l’arbre, nous pouvons continuer à grandir, à changer de direction, à découvrir de nouvelles choses et à nous adapter à ce qui nous entoure sans devoir perdre nos racines chaque fois que le vent se lève.
C’est aussi là que commence Alinéa - le parcours
La sécurité intérieure occupe une place importante dans Alinéa - le parcours, mais elle ne se construit pas isolément.
Pour pouvoir se faire confiance, encore faut-il apprendre à se connaître.
C’est pourquoi le parcours commence par l’observation. Regarder sa vie, ses pensées, ses automatismes et la manière dont on se parle. Puis revenir progressivement vers le corps, les émotions, la relation à soi et cette petite voix intérieure que l’on entend parfois à peine sous tout ce qui se passe dans notre tête.
Parce que lorsque ce qui était automatique devient visible, quelque chose change : nous retrouvons la possibilité de choisir.
Alinéa est un parcours expérientiel pour apprendre à mieux te voir, te ressentir et t’écouter. Un espace pour rendre visible ce qui était devenu automatique, cultiver une sécurité intérieure et bâtir une vie qui te ressemble davantage.
Il ne s’agit pas d’arriver au bout du parcours avec toutes les réponses. Il s’agit plutôt de repartir avec une meilleure capacité à regarder ce qui se passe en toi, à entendre ce qui te ressemble et à continuer d’explorer à partir de là.
Parce qu’au fond, cultiver sa sécurité intérieure, c’est peut-être apprendre que nos racines peuvent continuer de grandir pendant que notre vie, elle, continue de bouger.
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